La Biologie du Lapin
par François LEBAS
Directeur de Recherches honoraire de l'INRA
                                                                                                                                  Les dernières modifications

4.4 Comportement Alimentaire
version ré
visée principalement à partir des synthèses publiées par Gidenne et Lebas en 2005 et 2006, et par Gidenne, Lebas et Fortun-Lamothe en 2009
Mise en ligne le 30 août 2009

 
  1 - Rythme d'ingestion
            
1.1 Le lapereau sous la mère
            1.2 Le lapin sevré ou adulte
    2 - Évolution des quantités ingérées en fonction de l'âge et du stade physiologique de l'animal
    3 - Ingestion d'aliment et d'eau en fonction de l'environnement
           
 3.1 Effet de la température
            3.2 Relation eau - aliment
            3.3 Effet des autres facteurs d'environnement
    4 - Rationnement, comportement alimentaire et développement digestif
           
4.1 Rationnement quantitatif
            4.2 Restriction du temps d'accès à la mangeoire
            4.3 Restriction du temps d'accès à l'abreuvoir
           
4.4 Restriction alimentaire et développement digestif
    5 - Les préférences alimentaires du lapin
           
5.1 Comportement alimentaire du lapin sauvage non captif (lapin "brouteur")
            5.2 Comportement alimentaire du lapin domestique en situation de libre-choix (lapin en cage)

 

  Conditions d'observation Les études de comportement alimentaire ont principalement porté sur des lapins recevant des aliments complets équilibrés, ou lors des études de préférence alimentaire sur des aliments présentés secs (grains, pailles, fourrages secs, etc...). Toutefois différentes études du lapin en semi-liberté et du lapin de garenne permettent de mieux comprendre le comportement alimentaire du lapin domestique élevé classiquement en cage ou en parcs.

  1- Rythme d'ingestion
 


1.1 Le lapereau sous la mère

La première tétée est très généralement effectuée pendant la parturition elle-même. Le rythme des tétées est ensuite imposé par la mère. Celle-ci vient allaiter ses petits une seule fois par 24 heures. La tétée proprement dite ne dure que 2 à 3 minutes et la femelle ne procure pas d'assistance directe aux lapereaux, elle se contente de se positionner correctement au dessus de la portée pour donner un bon accès à toutes les tétines. Parfois, certaines lapines donnent à téter deux fois par 24 heures et certaines viennent visiter leur nid plusieurs fois par jour, laissant croire à certains "observateurs" qu'il y aurait allaitement jusqu'à 4 ou 5 fois par jour. L'absence de l'intérêt de tétées multiples a d'ailleurs été démontré il y a près de 40 ans lorsque des chercheurs ont trouvé des croissances identiques chez les lapereaux nourris par des mères pouvant allaiter une seule, ou deux fois par jours ou sans restriction d'accès au nid. Ces résultats ont été confirmé plus récemment par exemple par Tudela et Balmisse en 2003 qui ont monté que si 2 tétées par jour permettent aux lapereaux d'obtenir un plus grand volume de lait (+8%), la quantité totale d'éléments nutritifs obtenue est la même puisque le poids moyen des lapereaux à 21 jours est rigoureusement identique dans les 2 situations comme cela avait été antérieurement démontré (tableau 4.1).

  Allaitements par cycle de 24 heures
Une fois
Deux fois
  Nombre portées observées
70
70
  Production moyenne laitière sur 24 h (entre 2 et 21 jours)
250 g/jour
271 g/jour
  Poids moyen d'un lapereau à 21 jours
394,3 g
393,9 g
Tableau 4.1 : Production laitière de lapines donnant à téter une seule ou deux fois par 24 h à des portées égalisées
à 9 lapereaux à l'âge de 1 jour . Deux portées consécutives par lapine, rythme d'allaitement alterné entre les 2 portées.
(D'après Tudela et Balmisse , 2003)


Éventuellement, lorsque la quantité de lait est insuffisante, des lapereaux essaient de téter leur mère chaque fois que celle-ci entre dans la boîte à nid, mais cette dernière retient son lait. Ce comportement est généralement le signe d'une production laitière insuffisante chez la mère.

A l'inverse, si on propose aux lapereaux de téter deux fois par jour à 12 heures d'intervalle, mais avec une mère différente, une le matin et une autre le soir, ils acceptent volontiers. Ils peuvent ingérer alors presque deux fois plus de lait et ils en bénéficient pour leur croissance (tableau 4.2). C'est donc bien, la mère qui détermine le rythme et la quantité de lait dont disposent les lapereaux.

              Nbre de mères allaitant les lapereaux
Une
Deux
Essai 1 : nombre de portées
50
25
             lait / lapereau et / 24 heures (semaines 1 à 3)
24,6 g/j
33,6 g/j
             poids 1 lapereau à 21 jours
300 g
466 g
Essai 2 : nombre de portées
33
27
             lait / lapereau et / 24 heures (semaines 1 à 3)
25,6 g/j
35,7 g/j
             poids 1 lapereau à 21 jours
342 g
446 g

Tableau 4.2 : Consommation moyenne de lait et poids à 21 jours de lapereaux (portéeségalisées à 8 à la naissance)
tétées soit seulement leur mère le matin, soit leur mère le matin et une seconde lapine 12 h plus tard

(D'après Szendrö et al., 2000a et b)

 

   

Dès le début de la troisième semaine de vie, les lapereaux commencent à se mouvoir de manière parfaitement coordonnée. Dans les jours qui suivent, ils ingèrent quelques particules de l'aliment maternel et un peu d'eau de boisson si celle-ci est disponible. Au cours de la 4ème semaine de vie, l'ingestion d'aliments solides et d'eau deviennent rapidement prédominants par rapport à celle du lait. Durant cette période, les modifications du comportement alimentaire sont extraordinaires: le jeune lapereau passe d'une seule tétée par jour à une multitude de repas solides et liquides plus ou moins alternés et répartis irrégulièrement le long de la journée caractéristique du comportement alimentaire de l'adulte: C'est aussi au cours de cette 4ème semaine de vie que débute la pratique de la cæcotrophie. En effet, dans l'estomac de lapereaux sacrifiés à 22 jours il n'est trouvé que du lait et de l'aliment; tandis que chez des lapereaux sacrifiés à 28 jours des cæcotrophes peuvent être identifiés dans l'estomac en plus de l'aliment et de traces de lait. (Orengo et Gidenne, 2005). L'ingestion préférentiellement nocturne de l'aliment solide est déjà marquée.

Il est intéressant de remarquer que lors de son début de consommation d'aliment solide, le lapereau encore allaité a une nette préférence pour l'aliment maternel même par rapport à un aliment qui est mieux adapté à ses besoins physiologiques. Ceci laisse penser à un rôle de la mère dans l'apprentissage de la consommation d'aliment, mais cela n'a pas été formellement démontré. Cependant, en jouant sur l'aromatisation adaptée de l'aliment "jeunes lapereaux", il est possible de l'inciter à en consommer plus que de l'aliment maternel (tableau 4.3).

Aliments en libre choix   
Aliment Maternel
Aliment "jeune" aromatisé
  Essai Arôme 1 (21 à 35 jours)
-
-
   - consommation moyenne / lapereau
40,4 g/jour
7,9 g/ jour
   - consommation relative
83 %
17%
  Essai Arôme 2 (21 à 30 jours)
-
-
   - consommation moyenne / lapereau
8,1 g/jour
13,1 g/jour
   - consommation relative
38 %
62 %

Tableau 4.3 : Essai d'aromatisation de l'aliment destiné aux lapereaux sous la mère : consommation par les
lapereaux en situation de libre choix, la mère n'ayant accès à aucun des 2 aliments

(d'après Mousset , 2003)

 

 

1.2 le lapin sevré ou adulte

 

 

Tableau 4.4 : Évolution du comportement alimentaire de lapins mâles entre 6 et 18 semaines, ayant en permanence à leur disposition un aliment complet granulé et de l'eau de boisson, maintenus dans une salle à 20±1°C (d'après Prud'hon et al, 1975)

ÂGE en SEMAINES
6
9
12
15
18
Poids vif et vitesse de croissance
- Poids g
1060
2094
2922
3532
3901
- GMQ g/j
49,.2
44,3
34,3
23,3
17,6
Aliment solide (89% MS)
- g / 24h
98
168
194
184
159
- Repas/24h
39
39
41
41
34
- g / repas
2,6
4,4
4,9
4,4
4,9
Eau de Boisson
- g / 24h
153
269
320
319
298
- prises /24h
31
26
29
31
36
- g/prise
5,1
10,6
11,5
10,8
9,1
Eau/Aliment
1,56
1,60
1,65
1,73
1,87
Voir le tableau pleine page

 

Figure 19.0 : Répartissions de la consommation quotidienne par tranches de 2 heures, chez des lapins de 6 et de 16 semaines
(d'après Bellier et al., 1995)

Retour haut de page

 

Au moment du sevrage, les lapereaux effectuent déjà de 30 à 40 repas solides ou liquides par 24 heures (tableau 4.4). La durée totale consacrée aux repas au cours d'un cycle de 24 heures est, à 6 semaines, supérieure à 3 heures. Elle décroît ensuite rapidement et tombe en dessous de 2 heures. Si on propose au lapin un aliment non granulé (farine ou pâtée), le temps passé à manger est doublé . Quelque soit l'âge des animaux, un aliment qui aurait plus de 70% d'eau (fourrage vert, par exemple) apporterait largement toute l'eau nécessaire aux lapins sous une température de 20°C.

La répartition des repas et prises de boisson n'est pas homogène au cours des 24 heures. La part de l'alimentation quotidienne consommée chaque heure en période d'obscurité est nettement plus importante que la part correspondante ingérée en période d'éclairement, tant pour l'aliment solide que pour l'eau de boisson. Il convient de remarquer une forte consommation, précédant l'extinction de la lumière dans le local d'élevage.

Par exemple, chez des lapins sub-adultes (Néo-Zélandais Blanc de 3 kg) éclairé 12h sur 24, la consommation nocturne peut ainsi représenter près des deux tiers de celle observée sur un cycle de 24 heures, en raison d'un augmentation de la fréquence des repas, sans variation de l'importance quantitative de ceux-ci, soit 5 à 6 grammes par repas.

Au fur et à mesure que les lapins vieillissent, le caractère nocturne du comportement alimentaire s'accentue. Le nombre de repas pris en période d'éclairement diminue, et le "repos alimentaire" matinal tend à s'allonger (figure 19.0). Le comportement alimentaire des lapins de garenne est encore plus nocturne que celui des sujets domestiques.

 

2 - Évolution des quantités ingérées en fonction de l'âge et du stade physiologique de l'animal

 

Figure 19.1 : Évolution de la consommation d'aliment en fonction de l'âge

 

Figure 19.2 : Évolution comparée du poids vif et des consommations d'aliment et de cæcotrophes entre le sevrage et le stade adulte
(D'après Gidenne et Lebas, 2005)

Les quantités de nourriture et d'eau consommées dépendent, à un moment donné, d'abord de la nature des aliments présentés aux lapins et plus particulièrement de leur teneur en énergie digestible et en protéines : une forte teneur en énergie tend à réduire la consommation et une forte teneur en protéines tend à l'augmenter. Mais ces quantités dépendent également du type d'animal, de son stade de production ou de la température ambiante.

Chez le jeune, la consommation dépend en outre très fortement de l'âge de l'animal (figure 19). Pour un aliment donné, en prenant pour référence la consommation spontanée d'un adulte (140-150 g/j de MS, par exemple pour des Néo-Zélandais Blancs de 4 kg), on constate qu'à 4 semaines la consommation quotidienne d'un jeune lapereau représente le quart de celle d'un adulte, alors que son poids vif ne représente que 14 pour cent du poids vif de cet adulte.
A 8 semaines, les proportions équivalentes sont de 62 et 42 pour cent. A 16 semaines la consommation du jeune représente de 100 à 110 pour cent de celle de l'adulte alors que son poids n'en représente encore que 87 pour cent.

Le lapin régule son ingestion selon son besoin énergétique, comme d'autres mammifères. Des mécanismes chémostatiques sont impliqués, au travers du système nerveux et de métabolites sanguins liés au métabolisme énergétique. Cependant, chez les animaux monogastriques la glycémie joue un rôle clé dans la régulation de la prise alimentaire, alors que chez les ruminants les concentrations plasmatiques en acides gras volatils ont un rôle important. Étant donné que le lapin est un monogastrique herbivore, la glycémie semble jouer un rôle prépondérant par rapport à la concentration en AGV, mais le rôle respectif de ces deux métabolites (glucose vs AGV) sur la régulation de l'ingestion reste mal connu.
L'ingestion volontaire est en fait proportionnelle au poids vif métabolique (PV0,75 ), et est environ de 900-1000 kJ ED/j/kg PV0,75 (ED : énergie digestible). La régulation chémostatique interviendrait au-delà d'une concentration en ED de 9 à 9,5 MJ/kg . En dessous de ce niveau, une régulation de type physique prévaut qui serait liée à l'état de réplétion du tube digestif.

L'ingestion de cæcotrophes augmente jusqu'à 2 mois d'âge puis reste stable (figure 19.2). Exprimée en matière fraîche, elle évolue de 10 g/j à 55 g/j entre 1 et 2 mois d'âge, et représente de 15 à 35% de l'ingestion d'aliment. Il est néanmoins possible que ces valeurs soit sous-estimées compte tenu de la technique de mesure employée dans ces travaux (pose temporaire de mini carcans empêchant la réingestion des cæcotrophes).

 

 


Figure 20.1 : Évolution de la consommation au cours d'un cycle de reproduction

Retour haut de page

 


Au cours du cycle de reproduction, la consommation spontanée d'une lapine varie fortement (figure 20.1). La baisse de consommation en fin de gestation est marquée chez toutes les mères et peut arriver à l'arrêt complet de l'ingestion d'aliment solide chez certaines femelles la veille de la mise bas. Par contre, l'ingestion d'eau ne devient jamais nulle.

Après la mise bas, la consommation alimentaire croit très rapidement et peut atteindre quotidiennement plus de 100 g de matière sèche par kilogramme de poids vif (soit plus de 400 g de granulés pour une lapine de 4 kg). L'ingestion d'eau est alors également importante : 200 à 250 grammes/jour par kilogramme de poids vif. Enfin, lorsqu'une lapine est simultanément gestante et allaitante, sa consommation alimentaire est très comparable à celle d'une lapine simplement allaitante, mais elle ne lui est pas supérieure.

  3 - Ingestion d'aliment et d'eau en fonction de l'environnement
 

3.1 Effet de la température

Tableau 5.1 :Comportement alimentaire du lapin en croissance en fonction de la température ambiante. Consommations et gain de poids en g/jour (D'après Eberhart, 1980)

Température
5°C
18°C
30°C
Humidité relat.
80%
70%
60%
Aliment granu
182
158
123
Eau
328
271
386
ratio eau/alim
1,80
1,37
3,14
gain de poids
35,1
37,4
25,4

Tableau 5.2: Incidence de la température ambiante sur les différents ratios relatifs à l'ingestion et à l'excrétion chez des lapins adultes
(d'après Finzi et al., 1992)

RATIOS
Températures
20°C
26°C
32°C
eau/aliment
1,7
3,5
8,3
urine/aliment
1,0
1,6
4,0
eau/fèces
1,9
5,5
11,2
urine/fèces
1,1
2,5
5,3

Les dépenses énergétiques du lapin sont dépendantes de la température ambiante. L'ingestion d'aliments permettant de faire face aux dépenses est donc elle-même liée à cette température. Ainsi différents travaux conduits en laboratoire montrent qu'entre 5°C et 30°C la consommation de lapins en croissance passe par exemple de 180 à 120 g/j pour l'aliment granulé et de 330 à 390 g/j pour l'eau (tableau 5.1). Une analyse plus précise du comportement indique que, lorsque la température s'accroît, le nombre de repas (solides et liquides) par 24 heures décroît. Il passe de 37 repas solides à 10°C à 27 seulement à 30°C chez des jeunes lapines Néo-zélandaises. Par contre, si la quantité d'aliments consommée à chaque repas est réduite par les fortes températures (5,7 g/repas à 10°C et 20°C contre 4,4 g à 30°C), à l'inverse, la quantité d'eau consommée à chaque prise s'accroît avec la température (de 11,4 à 16,2 g par prise, entre 10°C et 30°C).

Si la consommation des lapins en croissance est affectée à partir de 30°C, celle des lapines reproductrices l'est tout autant comme l'indique la figure 20.2. Il faut remarquer que la production laitière est affectée par le chaleur dans la même proportion que la consommation d'aliment granulé (70% de la valeur mesurée à 23°C).

Figure 20.2 : Effet de la température ambiante sur la consommation et la production laitière des lapines
(d'après Szendrö et al., 1998)

Une étude italienne de 1992 montre que lorsque la température s'élève (tests à 20°C, à 26°C et à 32°C), le rapport eau sur aliment ingéré est sensiblement accru, ce qui était connu. Mais les différents ratios concernant l'ingestion et l'excrétion sont aussi modifiés (tableau 5 ci-contre). Les auteurs de cette étude proposent même d'utiliser ces ratios (ceux les plus faciles à mesurer localement) pour quantifier l'importance d'un stress thermique chez le lapin. Cette suggestion mériterait cependant d'être validée avant mise en application.

 

3.2 Relation eau - aliment

Figure 20.2 : L'abreuvoir doit rester accessible pour les lapereaux : 25 cm maxi par rapport au sol et proche d'une paroi.

Retour haut de page

Si, dans l'environnement du lapin, l'eau de boisson vient à manquer totalement et que seuls des aliments secs (moins de 14% d'eau) sont à sa disposition, la consommation de matière sèche s'annule en 24 heures.

Dans les conditions d'un manque total d'eau et en fonction des conditions ambiantes (températures, hygrométrie), un lapin adulte peut survivre de 4 à 8 jours sans altération irréversible des fonctions vitales; mais son poids peut être réduit de 20 à 30 % en moins d'une semaine. Si, par contre, des lapins ont de l'eau de boisson (propre) à leur disposition, mais aucun aliment solide, ils peuvent survivre 3 à 4 semaines. Par rapport à "la normale", l'ingestion d'eau est alors augmentée de 4 à 6 fois en quelques jours. La distribution de chlorure de sodium dans l'eau (0,45%) réduit cette surconsommation, mais le chlorure de potassium est inefficace (perte de sodium par voie urinaire). Le lapin s'avère donc très résistant à la faim et relativement résistant à la soif ; mais il convient de retenir que toute limitation de la quantité d'eau nécessaire, par rapport aux besoins, entraîne une réduction au moins proportionnelle de la matière sèche ingérée et, en conséquence, une altération des performances.

Dans certains cas, l'absence d'abreuvement est uniquement liée à l'accessibilité des abreuvoirs. Ainsi les lapereaux allaité sont parfois obligés de grimper sur leur mère pour accéder à un abreuvoir placé trop haut dans la cage (plus de 25 cm entre le fond de la cage et le point d'abreuvement). Tant qu'ils sont allaités (70 à 75% d'eau dans le lait) et disposent d'une mère tolérante, les lapereaux n'ont pas de problème majeur. En effet si l'abreuvoir est "trop" haut souvent les lapereaux grimpent sur leur mère pour accéder à cet abreuvoir. Mais la situation peut devenir dramatique après le sevrage, surtout si ce dernier est précoce. Le risque est encore amplifié pour les races de petite taille.

 

 

3.3 Effet des autres facteurs d'environnement

 

 

 

 

 

D'autres facteurs environnementaux ont été également étudiés chez le lapin domestique, tels que le programme lumineux ou les systèmes de logement. En l'absence de lumière (obscurité 24h/24), l'ingestion du lapin en croissance est légèrement augmentée en comparaison avec des lapins soumis à un programme lumineux avec un cycle sur 24 heures. En absence de lumière, le lapin organise son programme alimentaire selon un cycle régulier de 23,5 à 23,8 heures, avec 5 à 6 heures consacrées à l'ingestion de cæcotrophes. En éclairage continu, le programme alimentaire est organisé sur un cycle d'environ 25 heures.

Selon des travaux hongrois publiés en 2000, chez la femelle reproductrice, la réduction de la durée d'éclairage, en introduisant 2 périodes d'obscurité de 4h, sur un cycle de 12h/12h (lumière, obscurité) réduit l'ingestion et entraîne une augmentation de la production laitière, conduisant donc à une meilleure efficacité alimentaire.

 

     

Comme mentionné précédemment, le type de cage influence aussi le comportement d'alimentation du lapin. Ainsi, l'ingestion est réduite si la densité des lapins dans la cage s'élève, probablement en raison d'une plus grande concurrence entre les animaux pour l'accès à la mangeoire, mais aussi en raison d'une réduction de la mobilité des animaux et donc de leur besoin (tableau 5.3) . Aussi, cet effet de la densité est-il également observé chez des lapins élevés en cage individuelle.

Tableau 5.3 : Consommation alimentaire et croissance de lapins engraissés de 32 à 68 jours d'âge
à raison de 6 à 10 sujets par cage de 0,354 m²
(d'après Aubret et Duperray, 1993 - 8 cages par effectif))

  Nombre de lapins par cage
6
7
8
9
10
  Densité : lapins / m² de cage
16,9
19,8
22,6
25,4
28,2
 - poids vif initial à 32 j (g)
773
773
772
770
772
 - vitesse de croissance 32-68 j.
43,6
44,1
42,9
42,1
40,3
- Consommation 32-42 jours (g/j)
100
99
97
98
99
- Consommation 42-55 jours (g/j)
133
131
130
124
123
- Consommation 55-68 jours (g/j)
155
153
152
150
139
- Conso. moyenne 32-68 jours (g/j)
132
130
129
126
122
- Poids final à 68 jours (kg)
2,34
2,36
2,32
2,28
2,22
- Densité finale : kg poids vif / m²
39,7
46,6
52,4
58,1
62,8

 

 
Tableau 5.4 : Consommation de lapins engraissés en groupes de 4 ou de 30 de 29 à 71 jours d'âge à la densité de 15,6 lapins / m²
(d'après Maertens et Van Herck, 2000)
Lapins/cage
4
30
- 29-43 j. (g/j)
94
88
- 43-57 j. (g/j)
146
135
- 57-71 j. (g/j)
164
164
- 29-71 j. (g/j)
135
125
 

Néanmoins, l'élevage dans de très grandes cage collectives (30 sujets dans 1,9 m²) laisse plus de mouvements aux lapins qui réduisent leur ingestion quotidienne par rapport à celle des lapins élevés à raison de 4 par cage à la même densité animale (125 vs 135 g/jour). Contrairement à l'effet de l'effectif dans une même cage (tableau 5.3), la réduction de consommation avec de grand effectifs à densité fixe (15,6 lapins/m²) se manifeste dès le début de l'engraissement (tableau 5.4)

À la même densité, des lapins mis en cage par 2 ou par 6 ont la même ingestion, mais en cage de 2, les lapins passent moins de temps à manger en période d'éclairement (5,8% contre 9,9% des 10 heures de la période d'éclairage). Bien que ce point n'ait pas été vérifié directement, ces résultats laissent penser que le logement par 2 favorise la consommation nocturne

. Enfin, le nombre de places à la mangeoire (1 à 6 postes) pour un groupe de 10 lapins nourris à volonté n'influence pas le niveau de la consommation alimentaire. Il en est de même chez les lapins rationné de manière pas trop drastique (au moins 70% de la consommation à volonté).

 

  4 - Rationnement, comportement alimentaire et développement digestif
   

Pour différentes raisons il peut être souhaitable de restreindre la quantité d'aliment consommée chaque jour par les lapins en croissance. Cela est par exemple conseillé en cas d'entéropathie épizootique du lapin , l'EEL (voir à ce sujet par exemple les articles qui sont consacrés à ce thème dans la partie magazine de ce site en 2003 ou en 2009 ou le compte rendu de la table ronde que lui a consacré l'ASFC en 2007)

 

 

4.1 Rationnement quantitatif

Figure 21.1 : Ingestion cumulée de lapins rationnés à 85% disposant de un ou deux postes de consommation pour 8 sujets

 

Quand une quantité limitée d'aliment est distribuée à des lapins, l'allocation quotidienne est consommée d'autant plus vite que la restriction est forte. Par exemple des lapins logés en cage individuelle ou par deux, une allocation représentant 85% de la consommation à volonté est totalement consommée en moins de 16 heures. Si l'allocation ne représente plus que 70% de la consommation à volonté, elle est consommée en un peu moins de 10 heures.
Dans le cas de lapin élevés classiquement à raison de 8 par cage, une allocation de 85% est totalement consommé en 8 heures (98% en 5 heures - figure 21.1) dans le cas où un seul lapin peut manger à la fois (effet de compétition) tandis que si deux lapins peuvent manger simultanément, seuls 89% de la même allocation sont consommés en 8 heures. Pour plus de détails sur le comportement alimentaire de lapins rationnés quantitativement, voir l'article Tudela et Lebas (2006) dans la partie Magazine de ce site

Quelque soit le niveau de rationnement, les lapins n'augmentent pas leur vitesse instantanée d'ingestion. Par contre ils augmentent la durée de chaque repas en particulier celui suivant la distribution et réduisent l'intervalle entre chaque repas. La durée de ces repas est toutefois limitée par la capacité stomacal qui ne représente au plus qu'une quinzaine de grammes d'aliment pour un lapin de 2 kg, sachant que l'estomac d'un lapin n'est jamais vide avant le début d'un repas. Cette situation permet à 8 lapins de manger à leur tour même dans une mangeoire de disposant que d'un seul poste de consommation. Par exemple même un rationnement à 60% n'accroît pas la variabilité de poids entre les lapins d'une cage collective, ce qui veut dire que chacun des 8 lapins a bien été rationnéau même niveau et qu'au d'entre eux n'a consommé la part "du voisin".

 

 

4.2 Restriction du temps d'accès à la mangeoire


Figure 21.2: Consommation d'aliment en 24 heures en fonction de la durée d'accès à la mangeoire, exprimée en pourcentage du lot alimenté à volonté

 

A la fin des années 1980, l'équipe hongroise de Kaposvar sous la direction de Zs. Szendrö a fait une étude systématique de la quantité d'aliment ingérée par les lapins en croissance en fonction de la duré allouée pour la consommation sur 24 heures.
(une période par cycle de 24 heures variant de ½ heure à 16 heures) en comparaison avec des lapins nourris à volonté (figure 21.2). Ainsi, lorsque les lapins disposent de 8 heures par jour pour consommer leur ration, ils consomment environ 80% de ce consomment les lapins alimentés à volonté. Des réductions plus drastiques du temps d'accès se traduisent par une réduction quasi linéaire de la quantité d'aliment consommée qui se réduit à 20% pour une durée d'accès de ½ heure seulement.

Tous ces résultats correspondent à la moyenne calculée sur l'ensemble de la période d'engraissement. Si par contre on s'intéresse à l'évolution de l'effet de la restriction du temps d'accès sur la consommation réelle, on constate qu'il y a une adaptation au fil du temps et après 8 semaines d'engraissement les lapins arrivent; même en 8 heures à consommer autant que ceux nourris à volonté. Cette adaptation au cours du temps a été confirmée par des travaux plus récents. Par exemple Foubert et collaborateurs (2007) ont montré qu'avec un temps d'accès limité à 8 heures par jour, la restriction effective est 64% puis 73% et enfin seulement 83% pour chacune des 3 semaines consécutives suivant un sevrage à 32 jours.

L'équipe hongroise de Kaposvar a aussi mesuré le nombre de repas effectués par les lapins en fonction du nombre d'heures d'accès à la mangeoire chaque jour. Il apparaît que, s'ils disposent d'au moins 9 heures pour consommer leur aliment solide, les lapins font systématiquement 30 à 35 repas par jour. S'ils ont toute la journée pour manger, ils les font à raison de 1,3 repas par heure en moyenne (figure 21.3). Mais en cas de restriction du temps d'accès, ce nombre de repas peut s'accroître jusqu'à près de 4 repas par heure, pendant les heures "ouvrables" bien entendu. Par contre, la durée de chacun repas n'est pas significativement affectée par la duré d'accès à la mangeoire sur 24 heures : 3,2 minutes en moyenne. Au total sur la journée, des lapins de 12 semaines nourris à volonté passent ainsi environ 1 heure 45 mn à manger, tandis que s'ils n'ont que 9 ou 10 heures pour consommer leur aliment solide, ils n'y passent plus que 1 heure 20 mn environ.

Figure 21. 3 Nombre de repas effectués par unité de temps chez des lapins ayant une durée limité d'accès à la mangeoire

 

4.3 Restriction du temps d'accès à l'abreuvoir

 

Figure 21.4 : Consommation d'eau et d'aliment dans les jours suivant une restriction d'accès à l'eau de boisson (Lebas et Delaveau, 1975)

 

Les travaux déjà ancien réalisés à l'INRA de Montpellier (Prudh'on et al., 1975) ont montré qu'après une semaine d'adaptation, des lapins de 6-9 semaines ne pouvant accéder à un abreuvoir que 10 minutes chaque jour ont une consommation d'aliment granulé réduite à 86% de celle du lot témoin abreuvé à volonté. Elle est réduite à 84% et 76% de la consommation des témoins chez des lapins de 11-14 semaines ou adultes respectivement. Dans quelques les jours suivant la mise en œuvre d'une restriction forte du temps d'accès à la boisson, les lapins ont une très forte réduction de la consommation d'aliment solide et d'eau de boisson (figure 21.4). La réduction du temps consacré à la consommation d'aliment solide est réduite dans les mêmes proportions laissant penser à une constance de la vitesse d'ingestion. Les lapins s'adaptent progressivement et stabilisent leurs consommations en un peu plus de 8 jours en fonction de l'âge des animaux et du temps réel d'accès à l'eau de boisson.

Les lapins adaptés ne pouvant accéder qu'un temps limité à l'eau de boisson par cycle de 24 heures, immédiatement après après la distribution d'eau augmentent la fréquence de leurs repas (4 repas par heure contre 1 seul pour les lapins témoin - figure 21.5). La quantité d'aliment consommée par heure suit le même profil: ( figure 21.6).Les lapins ont ensuite un profil horaire de consommation assez proche de celui des lapins disposant d'eau de boisson en permanence.


Figure 21.5

Figure 21.5
Figures 21.5 et 21.6 : Évolution sur 48 heures du nombre de repas par heure et de la quantité d'aliment granulé consommée chaque heure chez des lapins abreuvés à volonté (graphiques A en vert) ou ne recevant de l'eau de boisson que de 9h à 9h10 chaque jour (graphiques B en jaune-beige). La cellule expérimentale était éclairée de 8h à 22 heures (d'après Prud'hon et al., 1975).

Dans les conditions pratiques, un accès à l'eau de boisson limité à à une durée de 1h30 à 4h entraîne une réduction de l'ingestion d'eau plus marquées que la réduction de la consommation d'aliment, en particulier pour les durées les plus courtes (figures 21.7 et 21.8). Cette différence de comportement a pour conséquence une réduction du ratio eau/aliment de 1,74 chez les lapins nourris à volonté à 1,54 chez ceux ne recevant de l'eau que pendant 1h30 ou 2 heures par 24 heures.

 

Tableau 6.1 : Effet de la limitation de la durée quotidienne d'accès à l'eau de boisson ou d'une réduction que la quantité d'aliment granulés distribuée chaque jour sur les consommations relatives d'eau et d'aliment (d'après Boisot et al., 2005). Moyennes par 24h au cours des 3 semaines suivant un sevrage à 31 jours

Ingestion
A volonté
eau
1h / jour
aliment
65%
Aliment
136 g/j =100
78
66
Eau
228 g/j =100
56
136
eau/aliment
1,7
1,2
3,5
 

Figure 21.7

Figure 21.8
Figures 21.7 : Consommation d'eau et Figure 21.8 : Consommation d'aliment, chez des lapins ne disposant d'eau de boisson que 1,5 à 4 heures par 24h, mais alimentés à volonté d'après Verdelhan et al. (2004), Boisot et al. (2004) et Ben Rayana et al.(2008). Les résultats sont exprimés en pourcentage du lot témoin recevant eau et aliment à volonté.

Il convient de souligner qu'en cas de restriction hydrique le ratio eau/aliment est toujours réduit en raison d'une réduction de l'ingestion d'eau plus marquée que celle de l'aliment solide. Par contre une réduction de la quantité d'aliment allouée quotidiennement de même ampleur, ou même plus marquée l'ingestion d'eau est au contraire fortement augmentée et dépasse celles animaux témoin nourris à volonté. De ce fait, le ratio eau/aliment est fortement accru (tableau 6.1)

 

 

4.4 Restriction alimentaire et développement digestif

Tableau 6.2: Incidence de divers modes de restriction alimentaire sur la croissance et le développement digestif
(données partielles)

MODE de RESTRICTION
A VOLONTÉ
71,4%
périodicité
24h/24
5j/7
7j/7
5j/7
GMQ g/j
38,1
21,3
25,2
16,6
cont.digest
220
273
329
316
%caecal
40,4
45,2
35,8
40,8

cliquer ici pour visionner le tableau complet

 

En règle générale, tout rationnement à moins de 80-85% tend à réduire aussi la vitesse de croissance des animaux. Par contre, le tube digestif est nettement moins affecté par la restriction alimentaire que l'ensemble de l'organisme comme le montrent les données du tableau 6.2

Par ailleurs, si une restriction alimentaire favorise systématiquement l'accroissement du contenu digestif, la répartition de ce dernier entre les différents segments dépend largement du mode de restriction retenu.

 

En raison du développement relatif plus important de la masse digestive et surtout de son contenu, les différent modes de restriction affectent significativement le rendement à l'abattage, mais l'effet est directement relié à la vitesse de croissance comme le montrent les résultats de la figure 21.9 ci-contre.

Figure 21.9: Rendement à l'abattage (ronds bleus) et proportion de viscères pleines (carrés jaunes) chez des lapins abattus à 70 jours, en fonction de la vitesse de croissance observée à la suite de divers modes de restriction alimentaires (d'après Jérôme et al., 1998). Les lapins ont tous été ré-alimentés à volonté une semaine avant l'abattage.
A = lot témoin ad libitum;
B = restriction à 80% selon un plan d'alimentation;
C1 = accès à la mangeoire limité à 16h/24, de nuit;
C2 = accès à la mangeoire limité à 8h/24, de jour;
D1 = accès à la mangeoire interdit 2 fois 8h chaque semaine;
D2 = accès à la mangeoire interdit pendant 24 h , une fois par semaine.

 

 

Retour haut de page

 



Au plan pratique il faut retenir que toute restriction altérant la vitesse de croissance, altérera aussi le rendement à l'abattage.

 

 

5 - Les préférences alimentaires du lapin

 

 

5.1 Comportement alimentaire du lapin sauvage non captif
(lapin "brouteur")

 


Dégats de lapins sur un jeune pin

Le lapin sauvage peut se nourrir à partir d'une gamme très large de végétaux. Il préfère cependant clairement les graminées (Fétuque, Brachypodium, ou Digitaria par exemple) et consomme peu de dicotylédones si les autres végétaux sont disponibles. Parmi les dicotylédones il préfère certaines légumineuses et des composées. Mais il faut souligner que la consommation de carottes (Daucus carotta) est très faible. Ainsi contrairement à une idée trop rependue, la carotte (racines ou fanes) ne figure pas parmi les plantes recherchées par les lapins..

La proportion de dicotylédones et même de mousses peut augmenter pendant les saisons où la disponibilité en plantes est faible. En hiver et au début du printemps, le pâturage des céréales cultivées par des lapins peut complètement compromettre une récolte, particulièrement dans la zone des 30 à 100 m du terrier. Quand les lapins peuvent choisir entre des céréales d'hiver cultivées avec ou sans fertilisation minérale (phosphore et/ou azote) ils préfèrent clairement les céréales sans fertilisation artificielle.

En situation de choix, le lapin peut être très sélectif dans son comportement alimentaire. Comme de nombreux herbivores, il préférera ingérer les feuilles plutôt que la tige d'une plante, et de manière générale des plantes jeunes ou des parties "vertes et tendres" plutôt que sèches. Par exemple, il choisira une partie de la plante ayant une concentration élevée en azote. De même, dans un essai réalisé en Irlande, les lapins ont pâturé plus intensivement une variété particulière d'orge printanière (comparée à 4 autres orges du même type), probablement en relation avec la composition de la plante. Néanmoins, les écarts de teneur en sucre des 5 variétés n'ont pas entièrement expliqué ce choix variétal.

En fin d'hiver, le lapin a une forte appétence pour les bourgeons et les jeunes tiges de quelques plantes ligneuses. L'abroutissement d'arbres très jeunes ou de leurs pousses peut ainsi complètement compromettre la régénération d'une forêt, ou plus spécifiquement la régénération de certains arbustes comme le genévrier ou le genêt à balais Cytisus scoparius comme cela est observé en Sologne. En hiver le lapin aime manger l'écorce de quelques arbres cultivés (pas seulement les jeunes tiges), particulièrement les pommiers et aussi les pêchers ou les cerisiers. L'écorce des abricotiers, poiriers et pruniers est généralement moins attaquée.

En forêt, les lapins préfèrent clairement les feuillus, mais peuvent également attaquer l'écorce des conifères (principalement des sapins et quelques types de pins). Quand les arbres sont très jeunes les lapins préfèrent manger les pousses apicales ou latérales des sapins, plutôt que celles des chênes..

Les raisons fondamentales des choix alimentaires du lapin demeurent peu claires, même si elles sont constantes. On peut seulement dire que ce comportement est sous régulation hypothalamique, puisque des lésions de l'hypothalamus modifient clairement les choix alimentaires du lapin. Beaucoup d'expériences ont été entreprises particulièrement en Australie et en Nouvelle Zélande pour étudier le comportement de lapins sauvages, en vue de mettre au point des appâts (l'objectif final étant l'extermination des lapins sauvages importés au 19e siècle). On a observé beaucoup de variations selon le type d'appât, mais également en fonction de la saison. Par exemple, des granulé à base d'issues de meunerie (recoupes + son) sont bien consommés tout au long de l'année. En revanche, l'acceptabilité des carottes ou de l'avoine change de façon saisonnière. L'addition de sel (1% ou 5% NaCl ) ou de farine de luzerne (15%) dans des granulés d'issues de meuneries réduit de manière significative la consommation des appâts.

 

  5.2 Comportement alimentaire du lapin domestique en situation de libre-choix (lapin en cage)

Quelques études ont montré que le lapin sait reconnaître les saveurs fondamentales, telles que salé, sucré, amer, acide. Il marque une préférence pour des saveurs douces, et choisit par exemple un aliment contenant du sucre ou de la mélasse plutôt qu'un aliment de même composition n'en contenant pas.

En captivité, le lapin adulte peut parfois exprimer un comportement alimentaire "délicat", avec un refus momentané d'ingestion lors d'un changement d'aliment, ou un refus systématique de certains aliments. On observe alors un comportement de grattage du contenu de la mangeoire, que l'aliment est sous forme granulée ou en farine.
Quand le lapin peut choisir entre un aliment avec ou sans stimulateur d'appétence, il choisit en général l'aliment avec "apetizer". Mais, si ces 2 aliments sont proposés seuls, on observe aucun écart d'ingestion, ou de croissance. Le même phénomène a également été montré avec addition d'un répulsif dans l'aliment comme le formol..

 

Figure 21.10 : Test de consommation en libre choix entre un aliment sans saponine et un aliment contenant plus ou moins de saponine apportée par de la luzerne. D’après Cheeke, 1974
 

D'autre part le lapin semble apprécier un certain degré d'amertume dans son alimentation. Lorsqu'on présente aux lapins des aliments contenant des luzernes déshydratées ayant des taux variables de saponine, donc plus ou moins amères, leur choix se fixe sur ceux des aliments qui ont un degré d'amertume relativement élevé (jusqu'à 3mg/g d'aliment - tableau 6.3). Ces mêmes aliments sont par exemple délaissés par des rats ou des porcs. En revanche, si on propose, seuls, des aliments à taux variable de saponine (1,8 à 6,4 mg/g d'aliment), la consommation alimentaire et la croissance sont indépendant de la concentration en saponine.
Lorsque l'aliment contient une toxine, telle que l'aflatoxine, le lapin refuse totalement de le consommer, ou bien il l'ingère en très faibles quantités.

Quand un aliment énergétique (pauvre en fibres) est distribué au choix avec un aliment fibreux, le lapin préfère généralement le premier. C'est probablement la conséquence d'une recherche spécifique de sources énergétiques (rare dans la nature), qui est le système régulateur dominant le comportement d'ingestion du lapin. En revanche, pour le lapin en 'élevage, cela peut conduire à accroître la fréquence des troubles digestifs et donc le risque sanitaire, particulièrement chez le jeune en croissance.

Lorsque le lapin se trouve face à plusieurs aliments, il choisit en fonction de critères parfois difficilement prévisibles. Ainsi, le degré d'humidité d'un aliment peut jouer un rôle important. Quand on distribue en libre choix de la luzerne déshydratée et du maïs-grain sec, l'équilibre se place à 65 % de luzerne et 35 % de maïs. Il serait par exemple 60/40 avec la luzerne et de l'avoine. Mais, si les grains de maïs sont relativement humides (plus de 14-15 %, ce qui peut poser des problèmes de conservation), la proportion de maïs monte à 45-50 %.

 

 
Acide aminé
en solution
Taux de préférence %
lysine 1,6 g/l
56%
méthionine 1 g/l
77%
méthionine 3 g/l
60%
Tableau 6.3 : Taux de préférence de lapins en croissance recevant un aliment carencé en un acide aminé et au choix comme boisson de l'eau pure et une solution de l'acide aminé déficient dans l'aliment (d'après Lebas et Greppi, 1980)
 

L'alimentation des lapins avec des fourrages + un aliment concentré complémentaire pose également quelques problèmes quand l'appétibilité des fourrages n'est pas bonne. Des lapins disposant à volonté d'un aliment concentré en énergie et de lest (de la paille par exemple) ne savent pas ajuster correctement leur consommation et obtenir la croissance maximale. Lorsqu'un éleveur se trouve face à cette situation, il lui faut limiter la quantité d'aliment concentré distribuée quotidiennement ou, plus généralement, celle de l'aliment le plus appétible. En effet, cela peut être parfois le cas de certains fourrages verts de faible valeur nutritive. Par contre, la situation est différente si le lapin se trouve face à deux aliments concentrés en énergie, comme Gidenne l'a testé en 1985 avec un aliment granulé complet et de la banane verte, tous deux en libre choix. Dans ce cas, les lapins ayant le libre choix ont eu une croissance équivalente à celle du témoin, et un ingéré d'énergie digestible identique. Toutefois, entre le sevrage (5 semaines) et la fin de l'essai (12 semaines), la proportion de banane est passée de 40% à 28% de l'ingéré quotidien de matière sèche.

Il faut signaler enfin que des lapins en croissance, qui reçoivent un aliment granulé carencé en acides aminés soufrés ou en lysine et qui disposent simultanément pour boisson en libre choix d'eau pure et d'une solution de l'acide aminé déficient, boivent la solution d'acide aminé de préférence à l'eau pure (tableau 6.3). Ils réussissent ainsi à avoir une croissance semblable à celle des lapins témoins recevant un aliment équilibré. Il convient aussi de remarquer que dans cet essai l'abreuvoir recevant la solution d'eau pure et celui recevant la solution d'acide aminé étaient alternés chaque jour. Si certains lapins changeaient effectivement d'abreuvoir "préféré" en fonction de son contenu, d'autres lapins buvaient ne changeaient pas d'abreuvoir "préféré" mais buvaient peu ou beaucoup en fonction de la nature de son contenu, ce qui correspond à deux types d'adaptation comportementale.

   
       
     
Biologie du Lapin - Fin du sous-chapitre 4.4 " Comportement alimentaire"
     
     
Retour : haut de page